jeudi 27 janvier 2011

Comment économiser près de 40 millions d'euros rapidement


  Dans la présentation qui est faite de nos institutions, on omet souvent de traiter de la « troisième assemblée de la République ». Je n’en parle pour ma part quasiment jamais. Il est vrai qu’elle ne vient pas spontanément à l’esprit, ce qui est regrettable lorsque l’on sait qu’elle coûte annuellement près de 40 millions d’euros à la nation, comme le rappelait récemment le député de la Drôme, M. Mariton. Cette assemblée oubliée, c’est le Conseil Economique, Social et Environnemental, censé garantir une représentation nationale aux « forces économiques, sociales et environnementales » (certains y voient une représentation de la société civile… Pas moi). Ce bidule, dont l’ancêtre a été institué en 1925 après la présentation en 1919 d’un projet de « Conseil économique du travail » par le secrétaire général de la CGT de l’époque et des demandes insistantes de la part des syndicats ouvriers, a été sanctifié par la Constitution du 4 octobre 1958, et « grenellisé » en 2008 ; il sert surtout à être consulté et à permettre un dialogue entre « forces » que tout oppose. A l’occasion, il sert également de placard pour amis politiques. 

  Vous l’aurez sans doute compris, cette « noble » assemblée de 233 conseillers qui s’arroge l’occupation du Palais d’Iéna n’est que le relais institutionnel des intérêts privés les plus bruyants. Certains conseillers se plaignent d’une « politisation » du CESE. De fait, pas mal de « personnalités qualifiées » directement nommées en Conseil des Ministres sont… disons plutôt proches du pouvoir, ou l’ont été. De l’aveu même du président du CESE, M. Delavoye, « il y a toujours eu du copinage ». C’est vrai. Mais il oublie que le copinage est de l’essence même de son assemblée : après tout, il faut bien que quelqu’un décide qui est membre et qui ne l’est pas, qui a le droit d’en désigner et qui ne l’a pas... Observons sa composition. Elle fleure bon le lobbying, de mon point de vue.
  140 membres le sont au titre de la « vie économique et du dialogue social » : 69 représentants des salariés, 27 représentants des entreprises privées industrielles, commerciales et de service, 20 représentants des exploitants et des activités agricoles, 10 représentants des artisans, 4 représentants des professions libérales, et 10 personnes qualifiées. 60 membres le sont au titre de la « cohésion sociale et territoriale et de la vie associative » : 15 personnalités qualifiées, 11 représentants des activités économiques et sociales d’outre-mer, 10 représentants des associations familiales, 8 représentants de l’économie mutualiste, coopérative et solidaire non-agricole, 4 représentants de la mutualité et des coopératives agricoles, 4 représentants des « jeunes » et des étudiants, 8 représentants de la vie associative et des fondations.  Enfin, 33 membres le sont au titre de la « protection de la nature et de l’environnement » : 18 représentants des fondations et associations agissant dans le domaine de la protection de la nature et de l’environnement, 15 personnalités qualifiées dont au moins 3 dirigeants d’entreprises significatives du secteur. 

  Quant à la « politisation » dont certains conseillers font état, elle est antérieure aux nominations de l’ère Sarkozy. L’assemblée compte ainsi 17 membres pour le « groupe de représentation » CGT, 17 membres pour le groupe CFDT, 17 membres pour le groupe CGT-FO, 6 membres pour le groupe CFTC… Je ne considère pas les membres de tels groupes comme des « conseillers apolitiques ». Tout comme je ne considère pas comme apolitique M. Prévost, président de l’UNEF. Ni M. Roirant, président de la Ligue de l’Enseignement.
  L’anomalie n’est pas la politisation du CESE, l’anomalie est le CESE tout court : en quoi des groupes désignés comme étant représentatifs des « forces économiques, sociales et environnementales » peuvent-ils participer plus qu’un citoyen lambda à l’élaboration de la politique économique, sociale et environnementale par leurs conseils ? Qu’est-ce qui fonde leur représentativité ? Rien du tout : on a décidé arbitrairement qu’ils étaient compétents pour le faire, qu’ils avaient suffisamment de sagesse pour déterminer ce qu’était l’intérêt général. Et comme souvent, l’intérêt général est le cache-sexe d’intérêts privés. 

  En définitive, je soutiens la proposition de M. Mariton, lorsqu’il estime qu’il conviendrait de supprimer le CESE. Lui se fonde sur l’inutilité d’un organe très peu consulté, et considère que le débat peut-être plus fécond dans des instances consacrées à un seul sujet, type Conseil d’orientation des retraites, Etats généraux de la bioéthique, Conseil d’orientation pour l’emploi. C’est sur ces deux points que je ne suis plus d’accord : le CESE doit être supprimé car il est illégitime, et les instances consacrées à un seul sujet ne suscitent rien d’autre que de la méfiance chez moi (conseil d’ «orientation » pour l’emploi… fromage étatiste de plus qui doit en plus inclure les « partenaires » sociaux). Cela dit, le fondement importe peu : un CESE supprimé, c’est près de 40 millions d’euros économisés et sans sacrifice.
  

jeudi 25 novembre 2010

A la mode

  Etre à la page, surfer sur la vague, se trouver en totale symbiose avec le courant dominant, c'est une nécessité vitale pour le politicien. Elle se traduit bien évidemment dans le langage (avec des flops hilarants parfois) et dans le style vestimentaire, mais pas seulement. Les idées aussi sont touchées. Et aujourd'hui, ce qui est "in", c'est de consulter. Du moins, de faire semblant de consulter. Lorsqu'un politicien se trouve face à un problème, réel ou supposé, il consulte les personnes intéressées et experts autoproclamés, il se fait arbitre d'une graaaande consultation nationale ou sectorielle. Si le problème est un problème persistant, on change de registre; il ne consulte plus, il délègue et se décharge sur une entité créée pour l'occasion (dénommée, au choix, Haute Autorité ou Observatoire).

  La presse rencontre des difficultés, et -oh, surprise- il se trouve qu'il reste des euros à dépenser? Voilà une occasion rêvée pour réunir les Etats généraux de la presse! La politique industrielle laisse à désirer? Vite, des Etats généraux de l'industrie! Le problème est plus important? Hors de question de réunir les Etats: la procédure est alors de tenir un Grenelle.

  La justification de la réunion de tels conclaves est difficile à trouver. D'aucun tendent à considérer qu'elle réside avant tout dans une manoeuvre à but communicatif: quand on réunit une telle assemblée, on fait "à l'écoute", "sage", "ouvert", "démocrate", et les décisions passent mieux. Pour ma part, je penche vers un réel manque de principes et d'imagination au sein de notre classe politique...

  Au delà de la justification, la méthode me laisse TRES sceptique. On réunit en grande pompe les personnes et groupes d'intérêts que l'on juge (seuls) intéressés par la question, avec une large place pour les fameux z'experts; on leur demande d'établir un diagnostic de la situation problématique et de formuler des propositions; on négocie (c'est à dire: on tente de faire passer ses propositions pour celles de l'assemblée réunie); on signe un accord, on dicte au Parlement et on présente la facture à la nation (cette étape peut être reportée, si la réunion n'implique pas l'Etat mais un parti... il suffira d'attendre la prochaine échéance électorale). J'y vois un déni de liberté et de démocratie (même si je ne suis pas de ceux qui réclament la démocratie pour tout, pour moi, Parlement ne rime pas avec "Chambre d'enregistrement des oukases associatives et syndicales"). Et je n'apprécie pas le fait de financer le "Plan Marshall en faveur de..." qui découle de chaque consultation de ce type. Quant au nom... sans commentaire.

  Un jour, les syndicats, associations et sociétés influentes (aidées) auront des sièges attitrés à l'Assemblée (quoi, le CESE?). Vivement 2012 que je puisse me défouler juste un petit peu. Et espérer un changement de mode.

samedi 13 novembre 2010

Jeune, le GVT il te surkiffe grave sa race!

  Une araignée s'était installée dans un coin, mais je viens de la chasser. Ces horripilantes créatures ont la fâcheuse tendance à s'installer dans les lieux manquant d'activité, ne trouvez-vous pas?

  Le ministère de la Culture et de la communication a livré pour l'année de son cinquantenaire une innovation dont il a le secret: la "carte musique", censée permettre aux "jeunes" de 12 à 25 ans de bénéficier de réductions de 50% sur des services de musique en ligne. Quelle que soit l'offre choisie, nous dit le site entièrement dédié à la carte, elle finance jusqu'à 25€ sur un budget de 50€. 
  Pour comprendre le pourquoi de cette innovation, il suffit de demander à la Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet, la très contestée HADOPI. La carte musique concourt au développement de l'offre légale de musique en ligne, en favorisant sa connaissance et son utilisation. Le développement de cette offre, au passage, est une mission d'intérêt général "pour la mise en oeuvre de laquelle l'HADOPI s'est vu confier un rôle privilégié par le législateur". J'ignorais que le développement d'une offre commerciale entrait dans le champ de compétence des autorités de l'Etat, pour ma part, et qu'il pouvait être qualifié de mission d'intérêt général lorsque l'offre en question était une offre musicale...
 
  Le lancement de la carte s'accompagne d'une campagne publique de propagande communication s'adressant aux "jeunes", et mettant en scène un "electro night dancer", un fan de rap, et deux autres clichés de jeunes qui peuplent sans doute l'imagination des cadres du ministère de la Culture. Le message? "Arrêtes de faire les choses à moitié, la carte musique t'offre la totale" [dans la limite de 50€, ce qui relativise la totale], "50% de mise, 100% Kiff". Plutôt dégradant et pour le moins ridicule s'agissant de l'image du gouvernement de la République française, consternant pour ce qui est de l'usage de la langue française, paternaliste et ringard ans la manière d'approcher les "jeunes".
  Coût de l'opération: 25 millions d'€. Pas mal, pour un gouvernement engagé dans la réduction des déficits publics. Coût moral de l'opération: incalculable. C'est bien la première fois que j'entends un gouvernement (de droite) défendre le principe consistant à remettre gratuitement à un individu des biens pour le dissuader d'en voler deux fois plus. Ce doit être cela, la magie de la "justice sociale". Je me pose une question. Pourquoi s'arrêter là? Il suffit de donner à un éventuel voleur la moitié de l'argenterie pour qu'il consente à vous régler de sa poche le reste: par cette intervention, vous concourrez au développement de l'offre légale d'argenterie, et vous mettez fin au vol...

 Couplez la carte musique au programme "mon journal offert" (qui a également un site dédié, les hommes d'Etat sont des grands fans du numérique), et vous parvenez à la même conclusion que moi: ce gouvernement doit dégager d'urgence. Et emmener avec lui une partie substantielle de notre classe politique. Si vous ne parvenez pas à cette conclusion, vous êtes un sectaire ignorant et raciste.

samedi 4 septembre 2010

La magie de l'inscription

- droits de médecine préventive (non sollicitée): 4,57€
- droits de scolarité (les seuls qui m'intéressent): 222€
- droits de Sécurité sociale (non sollicitée): 200€
- cotisation Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (le machin qui sert à "financer des projets d'étudiants", cad projets culturels, sportifs, humanitaires et d'insertion professionnelle émanant de lobbys étudiants, dont je me fiche pas mal, et à "aider des étudiants en difficulté", sans me demander mon avis): 15€
TOTAL: 441,57€, dont un peu moins de 50% qui n'ont rien à voir avec le service recherché, à savoir un enseignement. Le master commence bien...

mardi 31 août 2010

FIN-DU-MONDE!

  Un restaurateur privé propose des produits à une clientèle libre d’aller voir ailleurs si elle ne les apprécie pas, des produits respectant bien entendu la règlementation sanitaire en vigueur. Vu comme cela, et à moins d’être marxiste, la situation ne se prête pas à la polémique. Et pourtant, si. Remplacez “restaurateur” par “Quick” et “des produits” par “de la viande hallal”, et vous obtenez une poignée d’édiles énervés. UNcool.

  Il faut les comprendre. On ne leur a pas demandé leur avis, à eux, gardiens du “vivre-ensemble” local. Cela frise le crime de lèse-majesté. Et cela leur rappelle que même en France, ils n’ont pas tout pouvoir pour règlementer les plats servis par un restaurateur privé comme ils peuvent le faire dans les cantines scolaires. Si Quick désire vendre des hamburgers hallal, et exclusivement des hamburgers hallal, dans quelques uns de ses restaurants, cela ne concerne pas les maires des communes où lesdits restaurants sont implantés. Seulement les consommateurs. C’est peut-être ennuyeux pour nos élus, mais on appelle cela la liberté. Parade éventuelle: la liberté étant nocive pour le Français, puisqu’il est complètement incapable de choisir ce qui est bon pour lui surtout lorsqu’il consomme, il reste à l’Etat deux moyens. Le premier, une méga-loi anti-discrimination (il faut bien un prétexte) imposant à tous les restaurateurs de proposer des plats reflétant la diversité de notre population multiculturelle et multiconfessionnelle. Le second, la nationalisation de Quick. Dans les deux cas, on évitera le communautarisme.

samedi 3 juillet 2010

Officiel

  J’ai ma licence. Je me suis littéralement ch*é dessus en droit social et en droit de la consommation, j’ai sauvé les meubles en droit public de l’Union Européenne et en libertés fondamentales (t’avais qu’à aller en cours!), je suis apparemment un dieu en philosophie du droit (enfin, la notation a été très large…). Par contre, j’ai eu de bons résultats en procédure civile. =D

Copieurs!

Depuis 2002, la droite “républicaine” dispose en France des pouvoirs législatif et exécutif. Son bilan, à deux ans des élections, prouve au moins une chose : cette droite, qui nous gouverne depuis bientôt une décennie, n’est pas libérale. Elle est une force politique social-démocrate comme les autres, et sa différence avec la gauche socialiste est bien ténue : elle est jacobine, interventionniste, et a bien du mal à concevoir la simple possibilité que les individus puissent agir librement. Certes, les choses ne sont pas toujours faciles : il y a toujours, comme il y a toujours eu et comme il y aura sans doute toujours, une frange de la population prompte à descendre grossir les cortèges de manifestants pour maintenir le système de l’assistanat généralisé – par intérêt pur ou manque de raison. Mais cela ne retire pas à la droite sa responsabilité : parfois, elle a capitulé sans la moindre bataille, et le plus souvent, elle n’a même pas pensé à réformer, parce qu’elle a intégré dans son « logiciel » la défense de l’Etat-providence.

Alors qu’elle a l’opportunité et le devoir de réformer en profondeur notre injuste et inefficace système de retraite par répartition, en le faisant évoluer dans un premier temps vers un système solvable et dans un second temps vers un système de retraite par capitalisation, elle procède à quelques ajustements paramétriques, prolongeant l’agonie du quasi-cadavre. Alors qu’elle devait faire face à une crise économique de grande ampleur, elle a fait le choix des coûteux plans de relance, qui ne brillent pourtant pas pour leur grande utilité. Elle n’a pas assaini nos finances, loin de là, la dette étant passée de moins de 60% du PIB en 2002 (ce qui est déjà trop) à plus de 80% en 2010. Elle n’a toujours pas réformé notre système fiscal absurde, se contentant de quelques baisses d’impôts et de quelques niches fiscales supplémentaires. Même lorsqu’elle se décide enfin à agir, elle rabote quelques programmes, sans jamais remettre en question le rôle actuellement tenu par la puissance publique (est-ce vraiment à l’Etat de financer la culture ? Est-ce vraiment à lui d’investir ?). Pire : ne daignant pas regarder de près ce qui fait de notre pays un enfer fiscal, elle s’est caractérisée par une lutte acharnée contre les « paradis fiscaux », avant de se décider à mener une croisade dangereuse parce qu’antiéconomique pour une « moralisation » du capitalisme mondial et contre la folie des spéculateurs, à grands coups de taxes, de réglementations et de déclarations menaçantes (avec l’appui d’alliés étrangers), sans se rendre compte que c’est ce même excès de réglementation qui a mené à la situation actuelle. Elle a revigoré le planisme à la française, via son fonds stratégique d’investissement, jugeant sans doute que les « pôles de compétitivités » qu’elle avait mis en place étaient insuffisants. Elle a traité avec le même infantilisme que la gauche les citoyens français, par l’augmentation des prix du tabac, par la doctrine du « pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé », ou encore par l’apposition de nouveaux logos sur les bouteilles de vin. Elle a permis l’institution de la HALDE. Consciente de ses responsabilités, elle a commencé par constitutionnaliser une Charte de l’Environnement, ineptie juridique et morale, avant d’organiser les consultations du Grenelle Environnement, et entend appliquer les décisions qui y ont été prises, amorçant un retrait de nos libertés, que complètera une Berezina économique. Si la droite paraît plus intéressée que la gauche aux sujets ayant trait à la sécurité, cela n’a pas empêché les émeutes de novembre 2005, et cela n’empêche pas l’apparition d’un sentiment d’insécurité (comment peut-on réagir différemment face à certaines formes extrêmes de violence scolaire, face à la vision de voitures retournées des soirs de défaites sportives, face à celle de manifestations dont le seul but est de réclamer plus de sécurité dans le quartier de Belleville, face enfin à certaines agressions pour un simple constat ?).

Après huit années de gouvernement de droite, la Sécurité sociale et son monopole hideux sont toujours en place ; les organismes agricoles para-administratifs et liberticides que sont les SAFER ont été renforcés ; les universités, si elles sont devenues plus autonomes qu’avant, sont toujours publiques et monopolistiques ; la SNCF est toujours la seule entreprise à pouvoir vous emmener par le train de Paris à Quimper ; l’agriculture française bénéficie toujours des largesses européennes, la droite y veille. Les privilèges qui ont cours en France ne sont que très partiellement remis en cause, les fonctionnaires n’ont à souffrir que de quelques baisses d’effectifs largement compensées par les recrutements en provenance des collectivités territoriales. En ce qui concerne ces dernières, les réformes décentralisatrices menées par la droite sont le pendant de celles menées par la gauche : chères et ridicules.

J’oublie beaucoup de choses dans ce bilan, comme la persistance de ce qui s’apparente à de la propagande au sein des manuels scolaires (la solidarité forcée y est présentée comme dénuée d’inconvénients, la progressivité de l’impôt justifiée…) ou la politique étrangère qui ne change pas vraiment. La droite républicaine, qui va solliciter nos suffrages en 2012, n’est qu’une imitation de la gauche version PS. Quitte à avoir un pouvoir socialiste, autant voter pour le « canal historique ». Et comme je n’ai pas la moindre intention de le faire, il est très improbable que je puisse choisir la copie.

mardi 29 juin 2010

Maman les petits avions…

  Certains rêvent de loger le président de la République dans une barre HLM, le contraindre à utiliser les transports en commun, l’abonner à la soupe populaire, le priver de téléphone portable et lui faire toucher le SMIC. L’actuel hôte de l’Elysée serait sans doute un peu plus humble, j’en conviens. Mais je ne suis pas certain que nous résoudrions ainsi tous nos problèmes financiers.

  Je ne suis pas contre une réduction de la rémunération du chef de l’Etat, ni contre une plus grande sobriété dans l’utilisation qui est faite par l’Elysée de l’argent volé aux contribuables public. Mais je trouve la polémique sur le prix du nouvel avion présidentiel stérile (c’est pourquoi j’en parle, me direz-vous. Mea Culpa…). Il est chiffré à 176 millions d’euros, il porte le coût de l’heure de vol à à 20 000 euros. Soit. Mais il permet au président de la République française de voyager à Mayotte ou à la Réunion sans escale, ou dans toute autre contrée comprise dans un rayon de 11 000km en partant de Paris. C’est assez pratique, en matière de politique internationale. L’avion, en tant qu’objet, ne me pose pas de problème.

  Je conçois que certains puissent être écœurés, en ces temps de crise: ils n’apprécient pas de se serrer la ceinture alors que le président de la République s’offre un avion “bling-bling” (c’est du moins ce qu’on leur dit). Mais critiquer ce qui peut s’apparenter à un moyen d’accomplir son travail ne me paraît pas approprié… S’ils veulent réellement des changements, qu’ils s’intéressent à la rémunération des hauts fonctionnaires, aux divers avantages injustifiés dont peuvent jouir les parlementaires, au système de protection social fossilisé et coûteux qu’ils défendent, à la corruption, bref, à tout ce qui constitue une dépense publique injustifiable. Ce sera plus efficace que de crier contre un avion présidentiel ou contre l’attitude “bling-bling” de certains (afficher sa richesse, ou du moins avoir un rapport décomplexé par rapport à l’argent n’est peu être pas classieux, mais ça n’est pas non plus un péché).

  Pour finir, même si c’est très insuffisant pour résoudre notre problème d’endettement, j’apprécie la suppression de la garden-party du 14 juillet. Je ne me suis pas renseigné, mais si c’est vrai, j’approuve. C’est déjà ça…

mercredi 23 juin 2010

République bananière

  Un nouveau dossier sur le bureau présidentiel: le dossier ultra-sensible “Bleus & reconstruction du football français”. La République française ne peut pas tolérer un tel échec, alors qu’elle va accueillir dans six ans le championnat d’Europe de football. C’est inadmissible, un scandale, pire, une honte pour notre GRANDE nation footballistique. Il FAUT prendre des mesures.

  La très utile ministre de la Jeunesse et des Sports l’a déclaré devant l'Assemblée nationale:

Je ne peux que constater, comme vous , le désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé et sans autorité, une Fédération française de football aux abois.
C'est la raison pour laquelle le gouvernement a décidé de prendre toutes ses responsabilités, d'abord en faisant faire une analyse approfondie, un audit externe, car ceux qui ont failli ne peuvent pas piloter cette analyse, il ne peuvent pas faire leur cuisine sur leur petit feu.

  Question: En quoi les résultats d’une équipe au sein d’une compétition organisée par une fédération en théorie privée et indépendante peuvent-ils intéresser l’Etat?  J’ai beau essayer de comprendre, je n’arrive pas à faire le lien entre pratique sportive et rôle de l’Etat. Pour tout dire, je rie jaune. Pour gérer l’insécurité à Belleville, on créé un Comité de pilotage et on passe sous silence la carence de la puissance publique dans l’exercice de sa mission la plus basique (assurer la sécurité des individus). Mais pour répondre aux gamineries d’une équipe de France qui ne représente qu’elle même (elle n’est pas un corps constitué, elle n’est pas non plus une émanation de l’administration, et je ne suis pas convoqué à des élections), on tient une réunion de crise, après avoir tout tenté en envoyant le ministre de tutelle sur le front.

  Nouvelle question: comment appelle-t-on un pays dont le chef de l’Etat ferait des résultats d’une équipe sportive un dossier à traiter dans l’urgence impliquant son gouvernement et justifiant de nouvelles dépenses publiques? Réponse: une république bananière.

jeudi 10 juin 2010

La confusion des idées

  Il est aujourd’hui impossible d’y échapper : la confusion des idées – je choisis ces termes faute d’imagination suffisante pour en trouver d’autres – règne dans de nombreux esprits, même le miens. Elle conditionne notre façon de penser, d’aborder les problèmes, et partant de là peut aboutir de façon stupéfiante à limiter l’expansion de la liberté et de la responsabilité individuelles. Elle devient insupportable lorsqu’à l’occasion d’un débat, ou, de façon plus modeste, d’un simple échange sur un sujet donné, elle vous interdit d’exposer clairement vos idées ou opinions sans au préalable effectuer un travail de décloisonnement des problématiques. Lorsque le travail à effectuer est trop important, las, vous vous dites que l’enjeu n’est pas d’une importance telle qu’il vous faille rester deux heures à expliquer à un interlocuteur abusant des coupures de paroles intempestives que sa manière de penser sur le sujet donné le fait s’égarer. Car c’est là l’enjeu, volontaire ou non, de la confusion des idées : vous ne pouvez traiter d’un sujet sans adhérer à un ensemble de points de vue, de notions, à une sorte de « pré-requis » souvent plus intuitif et idéologique qu’autre chose. Vous en arrivez à amalgamer le tout, vous manipulez un groupe d’idées et de problèmes sans pour autant que cet amas réponde à une logique d’ensemble. Vos propos perdent de la cohérence (ça m’arrive très souvent, au passage), ceux de votre interlocuteur également, et finalement le consensus fondé sur le manque de séparation des problèmes domine.
Prenons des exemples :
1/le « service public ». Quoi que vous puissiez faire, ce sera quasiment toujours, pour votre éminent interlocuteur, un « monopole public bénéficiant à tous ». Il ne peut imaginer que des organismes privés, à but lucratif ou non d’ailleurs, soient capables d’offrir un service public ; il ne peut distinguer les notions de monopole public et de service public (c’est pour ça que, malgré les énormes imperfections du « système » RFF-SNCF, le fait que l’on parvenu à une situation ou l’opérateur de transport ferroviaire soit différent sur le papier du propriétaire des rails me contente déjà partiellement : cette séparation est un pas vers la séparation des problématiques, la propriété des rails par l’Etat n’impliquant pas forcément l’organisation par lui des services de transport sur ces rails).
2/ « l’écologie » : vous n’arriverez pas à séparer les problèmes, elle est un titanesque amalgame idéologique. Elle recouvrira des doctrines, concepts, idées tels que l’étatisme, le protectionnisme, le commerce équitable, la préservation de « la planète », le tiers-mondisme, le réchauffement climatique, la taxe Tobin, la prétendue justice sociale, les droits des Indiens du Chiapas, l’immoralité de la société de consommation, le besoin de règlementer tout et tout le temps…
3/la « laïcité ». Impossible désormais de parler de la simple neutralité confessionnelle de la puissance publique : cette notion doit désormais s’accompagner de la lutte contre les religions au nom du progrès et de l’athéisme. On peut pourtant défendre ardemment la laïcité de l’Etat et de la puissance publique sans être athée ou sans s’en prendre aux religions.
4/ le vice et le crime. Pour de nombreuses personnes, le vice et le crime ne sont plus séparables. Le fait d’être raciste et de l’exprimer n’est pas seulement le signe d’une bêtise incroyable, c’est aussi un crime à réprimer. Le fait d’être homophobe également. Le négationnisme n’est pas une simple négation de l’histoire, c’est une offense grave justifiant une punition par les autorités de l’Etat. Pour certaines personnes, le doute sur la qualité et la véracité des allégations du GIEC s’apparente à de la négation de la science (ils peuvent le penser, cela dit), et devrait être sanctionnée…
  Tout ceci est horrible. Cette confusion est étouffante, et j’en ai plus qu’assez de devoir prendre 10 minutes pour qu’un interlocuteur puisse accepter l’idée qu’il existe une différence entre le système de la Sécurité sociale et le système de la CMU, avant même d’exposer mon point de vue. Ou de devoir déconnecter “réforme actuelle des retraites” et “libéralisme”, “liberté” et “démocratie” (généralement, on va défendre la deuxième et amalgamer les deux… C’est le cas, par exemple, lorsqu’on parle de “démocraties occidentales” lors d’une discussion sur les peines plancher ou sur la garde à vue)….

samedi 5 juin 2010

Sur Gaza

C’est LE sujet du moment: la flottille humanitaire à destination de Gaza violemment interceptée par la marine israélienne. Condamnations internationales, manifestations un peu partout, dénonciations, incendie de drapeaux israéliens et américains,… Bref, rien n’a vraiment changé.

  Clairement, je suis contre l’embargo imposé à la bande de Gaza  par Israël (ça, tout le monde le sait) et par l’Egypte (ça, personne ne le mentionne, ou presque). Si j’ai soutenu (et si je soutiens toujours) le droit d’Israël à défendre sa population contre les roquettes envoyées par la bande de terroristes au pouvoir dans le territoire, je suis très sceptique quant aux résultats espérés de ce blocus, sans parler de sa légitimité. Si les Palestiniens veulent exporter des fleurs ou d’autres produits agricoles, ils devraient être libres de le faire (idem s’ils souhaitent importer); toute entrave étrangère, ainsi d’ailleurs que toute taxation au profit de la “résistance”, n’est pas légitime. Cela va paraître cruel, mais je préfère des assassinats ciblés de cadres du Hamas à l’embargo: il n’y a aucune raison pour que tous les habitants de la bande de Gaza paient pour les actes et les paroles de tarés en keffieh. D’ailleurs, Israël pourrait gagner quelque chose à cette ouverture: sous réserve de ne pas approvisionner en armes le Hamas, les Israéliens pourraient avoir accès aux marchandises en provenance de la bande de Gaza, probablement moins chères. L’Egypte, elle, peut écouler des marchandises via les tunnels. BREF: ce qu’il faut éliminer, c’est le Hamas, pas l’économie de la bande de Gaza.

  Bon. Ma position sur l’embargo dévoilée, je vais traiter de la flottille humanitaire. D’une part, je ne pense pas vraiment que les habitants de la bande de Gaza aient tant besoin que ça de vivres données par des militants. Ce dont ils ont besoin, c’est à mon sens d’ouverture, d’argent honnêtement gagné (comprendre “non versé par le Hamas parce que vous êtes fonctionnaire dans un secteur ne relevant pas de la puissance publique”, c’est à dire “non versé par le contribuable étranger”). D’autre part, je trouve que l’opération a un caractère plus médiatique qu’humanitaire: avec ou sans intervention israélienne, le Hamas s’en serait bien sorti. Là, c’est miraculeux: une intervention, de la violence et des morts, suivis d’un flot de critiques. Mechaal doit exulter! C’est pourquoi, si je trouve l’action d’Israël idiote, je ne me mêlerai pas plus que ça aux légions de dénonciateurs.

mardi 11 mai 2010

Curiosité

  Ce jour, il paraît que l'Assemblée nationale a adopté par 314 voix contre 213 le projet de loi portant engagement national pour l'environnement. Et la polémique s'invite: le ministre de l'Environnement s'en réjouit, tandis que l'opposition dénonce un renoncement. En particulier, Mme Duflot, qui accuse le gouvernement d'avoir lâché le Grenelle dans les mains des lobbies... Retour d'un thème phare chez les écologistes: les vilains lobbies s'en sont pris à notre beau texte, ces ordures de capitalistes ont une fois de plus ruiné nos espérances. Pratique: ils peuvent paraître aussi purs que la banquise qu'ils tentent de sauver, ils sont parfaitement désintéressés.
  Ce qui est curieux, c'est que nos enverdeurs médiatisés oublient qu'il existe aussi de puissants lobbies verts. Pour ne citer que lui, le Syndicat des énergies renouvelables (Total, E.ON, EDF, AREVA,...) se propose de défendre les intérêts des professionnels des énergies renouvelables auprès des responsables politiques, des cabinets ministériels et de l'administration. A l'heure où l'on se pose des questions sur l'utilité de l'énergie éolienne et sur les modalités de son implantation, cela donne ça: annonce presse dans le Figaro et le Monde début mai. Mais on ne parle PAS du SER, parce que ce serait admettre que certaines décisions politiques en faveur de l'environnement font les affaires de... lobbies.